Christophe Charbonnel, le sculpteur qui aime s’amuser

Il faut se connecter au site www.christophecharbonnel.fr, admirer les sculptures et les monumentales de Christophe Charbonnel, et se laisser aller au choc esthétique. En mots, ce sera moins facile, mais on va essayer. La tension dramatique des regards. La sobriété élégante des formes. Un néoclassicisme puissant. Des bronzes aux références antiques, auxquels se mêlent des audaces contemporaines. L’alternance saisissante entre les petites pièces et les monumentales, parfois culminant à plus de deux mètres, comme ce cheval, ce colosse ou encore cette tête de Persée.

A 52 ans, le sculpteur, arrivé à pleine maturité, livre à Signature quelques trésors de créativité. Sur les regards pénétrants et profonds de ses œuvres, par exemple. « Il faut faire cohabiter l’ombre et la lumière pour donner l’illusion d’une profondeur de regard. Le modelage est une succession de volumes, mais aussi une harmonie entre ces jeux d’ombres et de lumières. » Après une courte pause, il ajoute, dans un sourire : « Avec le temps, on dose cela de mieux en mieux. La lecture s’affine. » L’artiste travaille sur le déplacement de son propre regard, en raisonnant depuis l’intérieur des formes créées, « pour jouer avec le principe de réalité. Je suis un modeleur, qui monte jusqu’à la forme, alors que le tailleur de pierre descend, lui, jusqu’à la forme ».

 

Christophe Charbonnel, qui souhaite « s’amuser » dans son activité, s’estime plus proche de la peinture que de la sculpture. L’homme a été salarié de Walt Disney, au studio d’animation de Montreuil, où il a enduré « de grosses cadences » et contribué à Tarzan, Le Bossu de Notre-Dame, Kuzco… Très marqué par la culture BD, il revendique aussi l’influence de la Renaissance italienne et du 19ème siècle. « Voilà mon identité !, s’exclame-t-il. On ne peut pas faire autrement que ce que l’on est en train de faire. Un style, après tout, exprime la manifestation de sa propre incompétence… » Il aime à citer cette phrase de Rodin : « Je marche dans l’antiquité la plus reculée. Je veux relier le passé au présent, reprendre le souvenir, juger et arriver à compléter. » Et de commenter : « On s’inscrit dans une lignée. Les anciens sculpteurs sont des maîtres. On ne peut pas effacer l’importance de leur travail. » Son parcours artistique a été jalonné « de gens bienveillants », et d’une attitude tournée vers l’avenir. « Une sculpture m’amène à une autre, puis à une autre. »

Clientèle internationale

Il « bosse » (et emploie d’ailleurs ce terme) « tout le temps, du lundi au lundi », dans son atelier de Bonnelles (Yvelines), en région parisienne. L’ancien surdoué de Disney manie à présent l’argile, le métal, l’acier et la plastiline, une pâte à modeler à base d’huile et de cires minérales, « qui ne sèche pas ». Le processus de création s’inscrit dans le temps long – parfois trois ans.
S’il se définit comme « solitaire », et n’étant pas un adepte des vernissages (« ce n’est pas là où je suis le plus à l’aise »), l’artiste joue le jeu. « Le minimum, quand des gens viennent vous voir, consiste à recevoir ce qu’ils ont à vous dire, surtout lorsqu’il s’agit d’encouragements ! » Et Christophe Charbonnel rappelle les nombreux métiers impliqués dans la fabrication d’un bronze : « mouleur, ciseleur, patineur, cirier… Chacun apporte sa pierre à l’édifice. »

Instinctif et joyeux, le Nantais « ne compte pas ses œuvres. Le temps n’est pas mon propos, même si je sais que les gens s’y intéressent ». Alors que sa clientèle s’internationalise – Russie, Pologne, Etats-Unis, Angleterre, Australie… – , l’artiste prend plaisir à échanger avec ses homologues à la galerie Bayart, située au cœur de Paris, à Saint-Germain-des-Prés. « Echanger avec Patrick Villas, Bruno Mallart ou Yoann Merienne nous met en mouvement », observe-t-il.
L’apport du numérique et de la 3D ? Réponse nuancée et empreinte d’intelligence. « Je me suis essayé à des logiciels. Je préfère l’atelier, dont j’aime la poussière, et vais plus vite à faire du modelage que de passer par une imprimante 3D. Avec le fondeur et la galerie, nous attendons que ces technologies progressent. C’est encore un peu tôt par rapport à mon approche de la sculpture… et ça ne remplace pas la main, dont il faut garder la maladresse. Mais les fondeurs vont devoir se former au scan 3D, c’est évident. »

PORTRAIT

Christophe Charbonnel sculpteur

Né en 1967, Christophe Charbonnel démarre sa carrière comme dessinateur, puis modeleur, dans les studios Walt Disney. Elève du sculpteur Philippe Seené, il expose son travail depuis la fin des années 90. L’émotion s’avère être au cœur de son travail. « S’il ne se passe rien, si je ne ressens rien, je préfère casser ma pièce et passer à autre chose », avoue-t-il sur son site. En 2017, Christophe Charbonnel a bénéficié d’une rétrospective à la mairie du 6e à Paris. Dix sculptures monumentales ont été exposées au Château des Pères à Piré-sur-Seiche près de Rennes. Un ensemble d’œuvres importantes a été présenté au sein de l’Hôtel du Palais à Biarritz. En 2018, se tient sa première exposition muséale au musée Despiau Wlerick à Mont-de-Marsan. Ses œuvres sont exposées au sein de foires et salons prestigieux (Masterpiece Londres, TEFAF Maastricht, PAD Paris…). En 2010, Christophe Charbonnel a été lauréat de la Fondation Taylor.

CHRISTOPHE CHARBONNEL
Photos : Richard Sprang

Une réflexion au sujet de « Christophe Charbonnel, le sculpteur qui aime s’amuser »

  1. Tout est dit dans ces textes. Christophe Charbonnel, un génie ? mieux un homme en perpétuelle déclinaison de l’art que sa modestie rend d’autant plus touchant et crée l’admiration. Parcours sans faute . Bravo Christophe pour l’émotion que chaque oeuvre décline et nous submerge.

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